Madagascar

 

MIALY
et la compagnie Ry Mialy

propos recueillis par Dina R.
photos : tsiki.net


 

 

>> DOSSIER

West Side Story

•  C'est le dernier spectacle que tu as mis en scène avec succès. Comment est-ce arrivé ?
Ce sont les surprises du métier ! J'adore ce film. Je l'ai vu des milliers de fois (façon de parler) au cinéma, à la télé, et au moins autant de fois au théâtre !
Alors, quand un beau jour, un client vient et te propose de monter West Side Story, c'est comme un rêve !... et ta première réaction est d'accepter tout de suite de le faire.
Après, j'ai réfléchi ; et je me suis souvenu comme j'étais déçu à chaque fois que je l'ai vu sur scène. Parce que finalement, pour moi, ce film est un mythe ! Et on ne touche pas aux mythes, c'est trop risqué ! J'ai donc dit non.
Mais le client a insisté malgré tous les prétextes que j'avançais pour le dissuader. Entre mes tentatives pour le faire reculer et les arguments qu'il émettait pour me convaincre, j'avoue qu'en fait, il y avait en moi, une envie profonde de le faire. Alors j'ai commencé à écouter les chansons du film.

•  Finalement, à quel moment as-tu décidé de le faire ?
En fait, pour avoir l'air d'y travailler mine de rien (comme quoi on peut aussi se jouer la comédie !), j'ai commencé à voir des chanteurs. J'en connaissais quelques-uns sans vraiment croire que l'un d'eux tiendrait un rôle dans l'histoire.
Nous avons fait une première audition, et j'ai été épaté par six ou sept personnes vraiment géniales ! Et là, j'ai vu le spectacle dans ma tête. C'était le déclic.

•  Y a-t-il eu des auditions pour les danseurs  comme pour les chanteurs ?
En tout, il y a eu 4 auditions pour les chanteurs. Bien que la voix d'Elsie n'était pas très assurée à cause du trac lors de la première audition, je savais qu'avec du travail, elle pouvait donner quelque chose de détonnant. Elle a donc été sélectionnée, sans savoir encore le rôle qu'elle allait tenir.
Ensuite, Dina est arrivée : la copie conforme de la voix d'Anita dans le film ! Elle avait sa voix, son jeu… J'ai tout de suite vu Anita quand elle a chanté !
Au bout de trois phrases musicales chantées avec brio, Jimmy a été recruté pour un rôle que je n'avais pas encore déterminé…
Enfin, un jeune homme tout timide s'est présenté et a demandé d'une toute petite voix s'il pouvait encore passer l'audition. Et quand il a chanté, avec une voix agréable mais un peu perturbée par le trac je suppose, j'ai immédiatement reconnu Tony en lui.
C'est le flair du métier.

Après les chanteurs, j'ai vu les danseurs. Il en fallait au moins 26. En fait, j'ai préféré en prendre plus pour le cas où certains ne resteraient pas, comme cela arrive souvent.
Au début, je ne l'avais pas imaginé ainsi, mais je me suis vite rendu compte qu'à part les rôles des personnages principaux, il fallait doubler chaque chanteur avec un danseur. Et la première image que j'ai vue, c'est Saroy en danseuse et Dina en chanteuse dans le rôle d'Anita. A partir de là, ça s'est enchaîné : Rado était naturellement Riff, le leader des Jets, et Ando, Bernardo des Sharks. Junior a choisi lui-même son rôle.

C'est ainsi que se passent les auditions, et c'est là toute leur importance : elles nous éclairent tout de suite sur ce qui n'est encore qu'une vague idée dans notre esprit.

•  Comment se sont passés les préparatifs, les répétitions… ?
Nous avons commencé les répétitions par la scène « I feel pretty ». C'était une scène avec les filles, et c'est avec elle que j'ai commencé à prendre goût aux préparatifs.
Ensuite, nous avons entamé un tableau avec les garçons. C'était tellement désordonné au départ, que je me demandais comment j'allais m'en sortir ! Parce que c'est difficile de gérer des garçons têtus, un peu voyous ! (rire)
En même temps, je me disais que 3 mois, c'était assez confortable pour la préparation.

Une fois l'équipe constituée, nous avons réparti les tâches selon les connaissances et les talents de chacun. Rolf s'est chargé des arrangements musicaux ; il a fait un travail magnifique. Il travaillait vite et bien, il comprenait au quart de tour toutes mes demandes. C'était très agréable. Tout devient facile lorsque tu as un collaborateur de cette qualité à tes côtés.
Pour la justesse des voix, comme je ne suis pas musicien et que je ne lis pas les notes, c'est Fali qui m'a aidé.
Rado m'a soutenu dans la chorégraphie en introduisant certaines de ses créations. Saroy et Junior m'ont assisté pour faire travailler les danseurs. J'avais une équipe vraiment formidable.

•  Comment a été l'ambiance de travail ?
C'était plus intense. Quand c'est ta compagnie, tu connais, tu as l'habitude… Mais là, c'est plus fort parce que tu ne les connais pas ; tu découvres, et puis ils apportent autre chose. C'est une expérience que j'ai envie de revivre très vite.

Le plus surprenant, c'est que l'équipe soit devenue très vite solidaire. Je ne m'y attendais pas du tout. Souvent, même dans des petits groupes de trois individus, il y a déjà un risque de jalousie entre ces personnes. Alors imaginez quand ils sont 26 ! Là, personne n'a joué la star. Chacun a soutenu l'autre ; l'ambiance était vraiment fabuleuse, un vrai travail d'équipe.

•  En dehors de la chanson et de la danse, tous les protagonistes ont du jouer la comédie. Comment les y as-tu préparés ?
Ca a été décidé au dernier moment. Parce qu'au début, je ne voulais pas du tout de jeu théâtral, ni de dialogue. Je voulais que tout soit joué en chantant, comme dans un opéra rock.
Or, nous nous sommes rendus compte que certains passages étaient difficiles à comprendre ou à rendre sans dialogue.
Nous avons donc fait un essai avec Elsie et Dina pour commencer. Et comme l'anglais est plus proche de nous que le français, nous avons gardé la langue originale. C'est mélodieux et c'est plus facile au niveau théâtral car l'intonation est bonne.
En tant que metteur en scène, le travail de la comédie a été le moment où je me suis le plus amusé ! Je me suis revu élève comédien. Je reconnaissais le moment où les acteurs faisaient du par cœur, celui où ils commençaient à rentrer dans les personnages, et celui où ils craquaient parce que c'était trop dur ! Un pur moment de bonheur.

•  Comment s'est géré le trac avant la représentation ?
Cela a été très dur ! Et les sensations que j'ai éprouvées avant le spectacle ont été très fortes. J'avais plein d'appréhension sur les micros, le décor, la lumière, les danseurs, les chanteurs… ! En plus, je percevais leur propre trac. Je croyais que j'allais exploser. Lors de la répétition générale, c'était encore supportable, mais les deux soirs de spectacle, c'était intenable !
En fait, plus il y a de monde à gérer, plus le trac est violent. Tu paniques, tu trembles, tu es obligé de te donner du courage. C'est vrai que les artistes vivent toujours ça, mais en même temps, à chaque fois, c'est comme si c'est la première fois !

•  Lors de la représentation, quelle a été la plus grosse surprise ?
La plus belle surprise, c'est d'abord de constater qu'aucun des danseurs n'a abandonné. Ensuite, c'est de voir que nous avons réussi grâce aux efforts et à la persévérance de chacun.
Quand tu te rappelles la difficulté pour les discipliner au début, et quand tu les vois ensuite sur scène, tu es heureux  parce que tu es arrivé à sortir le meilleur d'eux ! Et c'est la meilleure récompense que tu peux avoir.

Tous ont fait un travail magnifique !

•  L'après spectacle…
Le succès veut dire que les portes s'ouvrent, donc il faut rester éveillé, battre le fer tant qu'il est chaud, saisir les occasions.
Malheureusement, c'est très difficile de sortir tout de suite du dernier spectacle ; c'est plus agréable de rester dans l'ambiance que l'on vient de vivre. Et on n'a pas la force de faire de nouveaux projets parce qu'on a l'impression de repartir à zéro.
Pourtant, il faut vite retrouver une nouvelle énergie pour continuer, vite repartir dans les projets.

Moi, j'ai un peu plus l'habitude. Par ailleurs, j'ai la faculté de repuiser mon énergie dans mes élèves. Après chaque spectacle, je les retrouve toujours avec plaisir. Je me replonge dans mes cours qui, pour moi, deviennent plus agréables. Mais j'ai quand même mis 3 à 4 jours pour me remettre totalement dans le bain.

Les autres ont eu encore plus de mal parce qu'après le spectacle, ils se sont retrouvés seuls.

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•  Quels sont tes projets à la rentrée ?
J'espère pouvoir refaire ce spectacle très vite, tant que c'est chaud.
Et puis, j'ai d'autres projets que je souhaiterais réaliser, notamment une comédie musicale. J'aimerais beaucoup en créer une.
Mettre en scène West Side Story a été assez facile dans la mesure où c'est une histoire qui existait déjà. Mais ce n'est pas la même chose quand il s'agit d'une création complètement nouvelle. Parce qu'il faut aussi convaincre les éventuels partenaires, les sponsors potentiels… Mais j'y crois et j'y travaille.
Enfin, grâce aux spectacles privés, j'ai pu me rendre compte que nous avions vraiment de bons éléments dans l'équipe.
Par conséquent, je sais que nous sommes maintenant prêts à prendre en main un spectacle dans son intégralité. C'est ce que je compte faire cette année.

Donc cette année, c'est le démarrage des nouveaux projets.

On en reparlera… !