Madagascar

 

ADDAMS

par Dina R.

 

>> INTERVIEW / PORTRAIT


> La Compagnie ADDAMS   > voir par ailleurs Le Dossier du mois

Créée par Njara Rasolomanana (Daddy pour les connaisseurs) en 2002, la Compagnie ADDAMS n'est pas un groupe de danseurs
de Hip Hop comme les autres.

Ce sont d'abord des amis d'enfance, issus des 67Ha, quartier chaud de Tanà, que leur leader a décidé de former à la danse pour leur éviter de devenir des « bad boys » - comme c'est souvent le cas dans cette zone -, et canaliser leur talent.
Ainsi, plus qu'un groupe de danseurs, la Compagnie ADDAMS est un véritable clan avec sa philosophie, ses règles, son look, son style, que les 7 membres cultivent avec passion et loyauté.
Leur but est de se surpasser pour être meilleurs, d'aller toujours plus haut, sans frime ni remous, mais en travaillant dur.
Nous les avons rencontrés lors de la préparation de leur premier spectacle de l'année au CCAC, le 29 février dernier.

Ce qu'est la danse pour Daddy, leader de la Compagnie ADDAMS ,
membre du groupe Up the Rap :
C'est une passion et un travail. Mais c'est avant tout une passion, tellement grande qu'elle a surpassé les études scolaires qui se sont achevées à la licence !
A partir du moment où nous avons commencé la création dans le groupe Up the Rap, c'est devenu un vrai travail.
La passion que j'ai pour la danse est telle que c'est devenu un travail pour lequel je me bats chaque jour pour qu'elle soit reconnue et ait sa place dans notre pays.

Comment Daddy est entré dans la danse :
J'ai toujours aimé la danse.
Quand on était petit, on avait un groupe qui s'appelait TCBT. A cette époque, on dansait la Techno qui ressemble à l'actuelle Tektonik. Après, des vazaha sont arrivés : le groupe Traffic de Style et la Compagnie Kafig qui nous ont enseigné les bases du Hip Hop. A partir de là, on est vraiment entré dans le Hip Hop.
Après TCBT, on a créé le groupe Adams (comme la famille Adams !) avec Luc, Rudy… qui sont devenus des membres de Up the Rap eux aussi. Mais ce n'était pas encore la Compagnie ADDAMS actuelle.
Puis, en 1997, il y a eu un concours « Up the Rap ». J'étais jeune et vous savez comment c'est quand on est jeune. On se dit « tiens, un concours, je vais tenter ma chance ! », et c'est ce que j'ai fait.
L'organisateur de ce festival a sélectionné les meilleurs danseurs de Tanà pour former la Compagnie Up the Rap ; et on dirait que Dieu a bien voulu que j'en fasse partie ! (rire)
Comme j'aimais déjà la danse et qu'en plus je suis entré dans le groupe Up the Rap, à partir de là, c'est la danse qui a tracé mon chemin.

De Up the Rap à la Compagnie ADDAMS  :
Quand le groupe Up the Rap a été formé, le groupe Adams a cessé d'exister.
Avec les expériences que j'ai acquises ici et ailleurs, j'ai eu moi aussi envie de créer ma propre compagnie. C'est comme ça que j'ai décidé de faire renaître une nouvelle Compagnie ADDAMS avec ces « lava volo ratsy kely » (mes vilains petits aux cheveux longs), mais en l'écrivant autrement et en lui donnant une nouvelle signification.

Comment Daddy a créé la Compagnie ADDAMS
ou l'histoire d'un mec bien 

Je connais ces gars depuis qu'ils sont tout petits. Il y en a même que j'ai encore vus faire pipi culotte ! (rire)
Il faut savoir que dans le quartier chaud des 67Ha où nous habitons, les jeunes sont « maditra » (racailles). Ils avaient entre 14 et 16 ans. Et moi, je les voyais faire toutes leurs conneries d'ados de la zone. En même temps, je savais qu'ils enviaient ce qu'on faisait ; parce qu'à l'époque, on s'entraînait souvent dans la rue, et ils nous voyaient danser.
Et puis un jour, ils passaient par là et je les ai interpellés en leur disant « eh ! Venez ici que je vous apprenne à danser ! » Depuis, quand ils sortaient de chez eux, c'était toujours pour venir danser avec moi. C'est comme ça que j'ai commencé leur formation.
A ce moment-là, c'était très à la mode de faire du « freestyle » à Analakely. Luc et moi étions parmi les initiateurs de ces mouvements. Les gars nous suivaient partout et on les faisait participer. Parfois même, quand j'allais enseigner dans des écoles primaires françaises, j'emmenais 2 d'entre eux avec moi pour qu'ils puissent s'entraîner et voir comment ça se passe avec les autres gamins.
Comme ça, ils pouvaient en même temps danser, poursuivre normalement leurs études et avoir des relations saines avec leurs parents.
Bref, ils se sont assagis… Enfin, je pense ! (rire)
J'ai créé la Compagnie ADDAMS en 2002.
Mais comme j'étais encore dans le groupe Up the Rap, je ne montais pas sur scène avec eux. J'étais juste leur prof et leur chorégraphe.
Jusque-là, les gars étaient plus habitués aux « battles » et aux « shows ». A partir de 2005 on s'est réellement mis à faire de la création. Et là, j'ai commencé à danser avec eux.
Je voulais désormais les guider vers autre chose, vers la danse comme véritable expression. Et c'est ce que nous nous efforçons de faire jusqu'à maintenant.

La Compagnie ADDAMS  
ADDAMS s'écrit avec 2 « D » et un « S » à la fin.
D'abord, le mot vient de Adam, le premier représentant de l'homme sur Terre. Parce que dans notre groupe, nous sommes tous des hommes avant tout. Il y a 2 « D » parce que nous sommes des danseurs, et il y a un « S » à la fin parce que nous habitons tous aux 67Ha, et 67 commence par « S ».
Même sur notre T-shirt, c'est le « S » qui est le plus visible. Parce que nous nous sommes connus là, nous avons grandi là, et ce quartier est très important pour nous.
D'ailleurs, une personne venant d'un autre quartier que les 67Ha ne serait pas admise dans notre groupe. Elle ne s'y sentirait pas à l'aise de toute façon.
Non pas que nous fassions de la discrimination, mais je ne pense pas qu'il y ait d'autres membres qui viendront s'ajouter à ce noyau. Parce que nous sommes déjà 7 mecs avec nos habitudes, notre façon de penser, notre propre mode de vie…
Depuis 6 ans que nous sommes ensemble, on se connaît par coeur et ce serait difficile pour quelqu'un d'autre de s'intégrer à notre groupe. Nos liens sont tellement forts et notre relation si importante que si par exemple, on programmait de faire un footing ou bien quand on prépare un spectacle, nous ne supportons pas qu'il y en ait un seul d'entre nous qui manque.
La Compagnie ADDAMS ce n'est pas 2 ou 3 membres isolés, c'est nous tous, ensemble. C'est quasi fusionnel.
Maintenant, s'il y en a qui veulent faire partie de mes autres élèves, ils le peuvent hein ! J'en ai 9 autres : 5 filles et 4 garçons que je suis en train de former comme je l'ai fait avec les danseurs de la Compagnie ADDAMS. Mais leur groupe portera un autre nom.

En quoi le style de la Compagnie ADDAMS  est différent
Il est différent parce que nous sommes très ouverts. Notre philosophie est de nous efforcer d'imposer notre existence au sein de la société où nous vivons. Nous offrons quelque chose de différent, notre style n'est peut-être pas encore très connu, mais il nous appartient.
Nous proposons un mode d'expression à nous, aux autres de l'adopter ou non. Et cette philosophie ressort dans notre façon de danser. En tout cas, nous ressentons cette différence lorsque nous évoluons sur scène. Je pense que le public aussi le ressent.
Quand on perçoit cet échange de sensations entre les spectateurs et nous, c'est jubilatoire.

Un jour, nous sortirons peut-être la technique ADDAMS avec une écriture que l'on reconnaîtrait comme on reconnaît celle de Rary ou Mialy par exemple. Mais nous sommes encore jeunes et nous poursuivons notre apprentissage chaque jour. Mais soyez surs que lorsque ça arrivera, vous en entendrez parler !

 


LES DANSEURS

Pour eux, c'est quoi la danse ?
Tolotra  : La danse, c'est ma passion. Elle me procure de la joie, mais c'est aussi une échappatoire. C'est quelque chose de très important pour moi.
Tojotanjona  : Pour moi, la danse est d'abord un plaisir. Puis c'est un rêve qui est devenu réalité.
Bloum  : Au début, je dansais comme d'autres jouent au foot par exemple. Puis la danse m'a permis de voir jusqu'où je peux aller, de voir mes limites et surmonter mes peurs, de ne jamais lâcher.
Eddy  : Pour moi, la danse est un talent qui vient vraiment de moi personnellement, sans forcer. Quand je danse, je suis heureux. La danse me soulage et me permet d'évacuer tous les soucis et les contraintes de la vie.
Hery  : La danse pour moi est un moyen d'exprimer mes sentiments. Quand je suis heureux, je danse pour montrer ma joie. Mais c'est aussi valable pour les sentiments négatifs. Si par exemple quelque chose m'a mis en colère, je vais danser. Après je me sens bien parce qu'en dansant, j'ai évacué tout ce qui m'irritait.
Andrian Michou  : Pour moi, la danse est à la fois un plaisir, un divertissement et un sport. C'est aussi un moyen de rencontrer d'autres personnes et d'apprendre à affronter toutes les situations avec détermination. Moi par exemple, j'étais très timide avant. Maintenant, grâce à la danse, je le suis beaucoup moins.

« Faire partie de La Compagnie ADDAMS  », ce que cela signifie
Tolotra  : Pour moi, c'est le signe d'une appartenance à une entité dans la société. Ca veut dire que je ne suis pas exclu, dans ma façon de penser et dans le fait d'être moi.
Tojotanjona  : Je suis fier d'être membre de la Compagnie ADDAMS. Ca veut d'abord dire que j'ai un peu de talent qui a été reconnu par les autres et qui les a incité à me prendre parmi eux.
Deuxio, quand on est ensemble, on n'est plus seulement des danseurs, c'est comme si j'avais une nouvelle famille avec un père, des frères, des chéris… !
Enfin, j'aime le côté artistique du groupe et son mode de vie particulier. Par exemple, pour nous différencier des autres, nous avons tous décidé de laisser pousser nos cheveux. Certains peuvent penser que je suis peut-être guitariste parce que j'ai les cheveux longs. En fait, je ne suis pas du tout musicien ; c'est juste parce que nous avons choisi d'être comme ça.
Si je me retrouvais brusquement avec des cheveux courts, j'aurais l'impression de cesser d'être un ADDAMS !
Bloum  : Le fait d'entrer dans la Compagnie ADDAMS m'a permis de mûrir et d'améliorer ma danse, d'entrer dans un milieu artistique plus évolué et de rencontrer des gens ayant plus d'expérience. Ca m'a aussi donné l'occasion de mesurer mes limites, de découvrir de nouvelles sensations.
Avec le groupe, je peux vivre avec d'autres personnes que ceux de la maison et partager ce qui est en moi. Ca m'apporte beaucoup, et moi aussi je peux leur apporter quelque chose en retour.
Eddy  : C'est très important pour moi d'être dans la Compagnie ADDAMS. Ca m'aide à acquérir plus de connaissances, à être meilleur, aussi bien sur le plan culturel que scolaire. Ca m'occupe, et ça m'ouvre l'esprit.
Ca m'a changé en bien parce que ça m'a entraîné vers quelque chose de bien, au lieu d'aller faire des bêtises comme boire, fumer… comme ça arrive à beaucoup de jeunes de nos jours.
Hery  : Pour moi, être dans la Compagnie ADDAMS c'est déjà prendre une part de responsabilité pour l'avenir, parce que je suis déjà dans un groupe structuré qui a ses principes et ses règles. Par exemple, dans le groupe, on n'a pas le droit de fumer ni de boire ni de prendre n'importe quelle autre drogue. Et ça, c'est quelque chose qui nous servira une fois qu'on est adulte parce qu'on aura pris de bonnes habitudes.
Et dans la Compagnies ADDAMS , je ne suis pas seul. Quand j'ai des problèmes, je peux en parler, les autres m'aident à trouver des solutions. Plus que de simples amis, nous sommes comme des frères.
Andrian Michou  : Etre dans la Compagnie ADDAMS me va bien. Il faut dire que nous nous sommes amis depuis tout petits et on s'est toujours bien entendus.
Ensemble, on apprend la vie en société, la motivation, la patience, les sacrifices. Le fait d'être en groupe nous donne la force de surmonter les obstacles qu'on n'aurait même pas essayé de franchir si on avait été seul.

Comment se passent les répétitions et la préparation du spectacle ?
Eddy  : C'est très dur ! C'est fatigant !
Tojotanjona  : Intenses et éprouvantes mais comme le disent les malgaches, « asa fa tsy kabary ! »  : c'est le boulot ! Pas de blabla donc on y va !
Tolotra  : On aime donc on le fait…
Bloum  : C'est génial ! Mais c'est aussi très physique donc il faut faire gaffe.
Andrian Michou  : C'est une nouvelle création, très différente de ce qu'on a fait auparavant. Ca demande plus d'efforts et beaucoup d'entraînement.
Hery  : C'est un défi ! Il faut aller encore plus loin que ce qu'on peut. C'est aussi un défi par rapport aux gens qui essaient de nous décourager. Mais nous on sait que c'est bien donc on le fait !
Le mot de la fin pour Daddy  : Il faut admettre que c'est dur ! On a tous la pression mais on transforme cette pression en motivation et ça nous donne la force de continuer. C'est dur, mais comme ça a été dit tout à l'heure, on aime ce qu'on fait et c'est un défi pour nous. Parce que c'est tout ce travail qui nous mènera toujours plus haut. Donc on donne le meilleur de nous-même !

tsiki.net leur souhaite le plus grand des succès et la réalisation de tous leurs projets.


Bloum


Daddy


Eddy

Hery

Michou

Tojotanjona

Tolotra